III. NI JUSTICE NI REPARATION
Texte d'Archives - DOCUMENT DE TRAVAIL
Le 23 juillet 2005, en pleine occupation et dictature du gouvernement Alexandre/Latortue, la Direksyon Nasyonal Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen a publié un texte commémoratif du 18ème anniversaire du massacre dans lequel, elle a rappelé les raisons pour lesquelles 139 personnes ont été assassinées le 23 juillet 1987.
Extraits :
Nou t ap goumen kont kout baton, kraze zo, maspinay ak represyon makout, lame, chèf seksyon ak choukèt lawouze tap egzèse sou nou.
Poutèt sa nou t ap reklame lekòl pou tout pèp la, elektrisite, dlo, lasante. Nou t ap lite pou yo genyen dwa lapawòl, demokrasi, jistis, dwa pou nou reyini ak manifeste lib e libè san pesonn pa vin pesekite nou.
Yo masakre nou poutèt n ap goumen pou fè pwomosyon pwodiksyon nasyonal la patikilyèman pwodiksyon peyizan yo.
Yo masakre nou poutèt nou t ap goumen pou kòd lonbrit pèp la sipann mare nan pye tab gwo peyi etranje paske nou kwè peyi a kapab bay tèt Ii manje.
Yo mnasakre nou poutèt nou t ap egzije gouvènman ki te an plas la pou l remet nou kochon kreyòll nou yo ki te sasinen nan move kondisyon sou konplisite gwo peyi piyajè yo.
Yo masakre nou poutèt nou tap egzije batistè gratis pou tout moun kòm premye dwa sakre moun genyen.
Il faut espérer que nous tous citoyens de bonne volonté engagés à leur côté continuerons à nous mobiliser et à lutter aux côtés des descendants des victimes, jusqu’à ce que justice soit rendue et réparation obtenue.
Il est important de pointer du doigt la faiblesse structurelle du système penal haitien. Tout le monde connait les assassins mais aucun dossier serieux n’a été préparé comme ce fut le cas pour les victimes de Raboteau ( Gonaives ). Et là encore, òu sont passés les assassins de Raboteaux ? Il faut une vraie REFORME de la justice en HAITI. Les criminels doivent être punis. Et puis de 1987 à 2007, voilà déjà 20 ans. Qu’on ne vienne pas nous parler de prescription(1) ! Nous veillons.
Note (1):
Prescription extinctive : mode de libération des obligations.
Prescription pénale : mode de prescription extinctive applicable à la poursuite et à la répression d’une infraction. ( Clef ) Le Petit Robert.
Pourtant
Des familles de grands propriétaires terriens de Jean-Rabel ont publiquement revendiqué leur implication dans la tuerie.
Un des chefs du clan Poitevien, (voir photo) qui présentaient ses hommes comme étant des partisans des Américains a déclaré à la télévision officielle avoir "tué 1042 communistes" »
Volonté de justice ou simulacres: Au moment de la commémoration du 20ème anniversaire du massacre, certains des organisateurs sont morts de leur belle mort. D’autres, commanditaires, exécutants et complices circulent librement et pour certains, ont pris langues avec tous les pouvoirs qui se sont succédé depuis dans le pays y compris ceux de Jean-Bertrand Aristide et de René Préval, pourtant considérés comme émanation des luttes populaires pour un meilleur bien être social.
Des réelles ou de simulacres volontés de justice ont été manifestées. Par exemple, des juges d'instruction ont été successivement nommés sur le dossier.
En 1991, le 23 juillet après la première investiture à la présidence (7 février) de Jean-Bertrand Aristide, certains propriétaires terriens mêlés dans le massacre de Jean-Rabel ont été arrêtés. Mais ils se sont ensuite libérés (décembre 1991), lorsque les militaires ont pris le pouvoir en septembre 1991 (coup d’Etat du général Cédras contre le président constitutionnel.
En 1995, après le retour d’exil du Président Aristide, des enquêtes concernant le massacre ont été rouvertes et huit mandats d’amener ont été émis. Un des propriétaires terriens impliqués a été arrêté. Il a été relâché dans le courant de l’année.
En 1998 sous le premier gouvernement de Préval, soit 11 ans après le massacre, les pressions populaires ont incités le ministre de la justice de l’époque Me Pierre Max Antoine à relancer le dossier.
Des personnes naturellement mêlées dans les événements ont été mises sous les verrous. Parmi elles : Remy Lucas, Léonard Lucas, Jean-Michel Richardson, Luksen Sainvil et Anovil Servil. Elles ont été libérées sans jugement sous le gouvernement du Premier ministre Yvon Neptune (2ème mandat d’Aristide). Me Calixte Delatour , ancien avocat de Raoul Cédras jusqu’à l’exil de ce dernier en octobre 1994, était alors Ministre de la Justice du troisième gouvernement lavalas. Ou sont passés les maigres dossiers qui ont été dressés ?
Année après année, gouvernement après gouvernement, les organisations populaires de la région, notamment Tèt Kole Ti Peyizan qui a intégré en 1986 les GTA, restent mobilisées sans défaillance, seules ou accompagnées par d’autres organismes de défense des droits de l’homme du pays, pour réclamer justice. Des campagnes nationales et internationales ont été organisées en faveur des victimes de la tuerie.
Tèt Kole Ti Peyizan National et Régional, a toujours été et reste toujours à l’avant-garde des revendications.
Ils ont critiqué l’inertie des différents gouvernements qui se sont succédés dans la gestion de ce dossier et dénoncé l’inéfficacité et, qui pis est, la corruption d’un système judiciaire complètement acquis aux forces de l’argent. A notre connaissance, le dernier juge d’instruction chargé de mener l’enquête sur le massacre de Jean-Rabel a été nommé en 2002. (A vérifier)
Et c’est ainsi que depuis vingt ans, les familles des victimes, fils, filles, époux, épouses, mères, pères, frères, sœurs, proches, toujours mobilisées, revendiquent toujours, mais attendent en vain, que toute la lumière soit faite sur les événements de Jean-Rabel.
Dossier II: La Justice et l'assassinat de Jean-Marie Vincent